• Le harcèlement scolaire

    Aujourd'hui, c'est la journée du harcèlement. Alors je ressors cet article écrit il y a 3 ans pour l'occasion. Un peu hors sujet par rapport à la thématique de ce nouveau blog, mais en même temps nous, les enseignants, sommes aux premières loges pour repérer ce genre d'actes...

    C’est un sujet difficile, qui me fait peur en tant que maman, et en tant qu’ancienne victime de ce harcèlement…  Car même si c’est un sujet que je n’aborde quasiment jamais, j’ai beaucoup souffert, au collège, du comportement de mes camarades.

     

     Trop grande, timide, maladroite, pas à la mode, trop jeune, pas assez brillante… Tellement de raisons qui n’en sont pas, mais qui ont suffi à faire de moi une paria pendant près de 2 ans.

     

     Je me souviens avec beaucoup de douleurs de ces années difficiles. Le midi à la cantine, où je mangeais seule, où j’attendais dans la file de la cantine, raillée par mes camarades, qui pour se moquer, étaient très soudés… 

    Des moqueries sur mon physique, sur mon intelligence, sur ma famille Quand on a 12 ans et qu’on est mal dans sa peau, c’est difficile à supporter. On a envie de craquer… Et quand l’un de vos « camarades » vous demande pourquoi vous ne vous suicidez pas, parce quaprès tout, ce serait « un bienfait pour lhumanité »… 

    Des paroles de gamin, vides de sens, mais qui, lorsqu’elles vous sont adressées, vous déchirent de l’intérieur. Après tout pourquoi pas ? C'est ce que je finissais par me dire! Que cela cesse...

    J’ai encaissé, mais non sans mal, ni sans dégât!
    J’ai tout gardé pour moi, à cette époque. Je ne pense pas que ma famille ait réalisé ce qui se passait… J’essayais de ne rien laisser filtrer, je prétendais avoir des amies, que tout allait bien. J’avais à la fois honte de moi, je me sentais minable, et peur qu’ils s’inquiètent pour moi…

    Je me souviens de ces élections pour je ne sais plus quel représentant de la classe (un truc inutile qui nécessitait des réunions après les cours), où tous avaient voté pour moi, pour pouvoir se moquer encore une fois. Je me souviens de l’incompréhension de ma prof, qui me disait que je devrais être flattée, que c’était une victoire écrasante, que mes camarades devaient vraiment me faire confiance… Chacune de ses phrases enfonçait un peu plus le clou. Et les ricanements des instigateurs en rajoutaient…
    Je me souviens des larmes qui montaient, mais que je refusais de laisser sortir…

    Et toutes les autres fois. C’est fou comme ces souvenirs peuvent être précis. Tous les surnoms dont ils m’affublaient : "la graisseuse", "sans amie", "le concombre géant"... Toutes les insultes que je n’arriverai jamais à répéter, ni à écrire ici, les mots écrits dans les toilettes, toutes les menaces, les rumeurs sur ma prétendue sexualité débridée et ce qu'ils aimeraient me faire...

    Je me rappelle aussi que le vendredi, nous étions la première classe à la cantine. Pendant 5 minutes, nous étions les seuls dans le grand réfectoire. Et 5 minutes, ça peut sembler une éternité quand on est seule face à tous…
    Et je me souviens de ce midi, où tous se sont assis ensemble, pendant que moi je m’asseyais seule. Je me rappelle de cette «
     camarade », qui sest levée en ricanant, et a crié bien fort : « Vous avez vu, il y a 2 clans dans la classe : Elle, et nous! » Et les rires de tous les autres Sauf un, qui sest levé, a pris son plateau, et ma rejoint, après m’avoir demandé l’autorisation de s’asseoir avec moi. Ce n’était même plus un ami, même si à une époque, nous l’avions été. Mais il n’avait pas supporté l’injustice…

    Parce que dans cette classe, il y avait effectivement des « bourreaux », mais au final, ils étaient peu nombreux… La plupart se contentaient de suivre les plus populaires, ceux qui parlaient le plus fort, et les timides, bien contents que la méchanceté soit dirigée contre quelquun dautres queux, et qui nosaient pas intervenir, de peur d’être à leur tour pris en grippe…

    En tous les cas, cette période m’a marqué, et je me rappelle très distinctement de cette sensation d’être en-dessous des autres, de ce sentiment qu’après tout, si ils sont si nombreux à le dire, c’est que ça doit être vrai… Je me rappelle qu’à l’époque, je me suis sentie lâche, parce que je n’osais pas commettre l’irréparable. Et bien aujourd’hui, je suis bien contente d’avoir été aussi « lâche ». Parce que cette lâcheté, cest en fait de lespoir. Je suppose quau fond de moi, j’ai toujours espéré que ça ne durerait pas, jai toujours eu lespoir que cette période finirait par passer.

    Et effectivement, ça n’a pas duré. Dés l’arrivée au lycée, tout a changé : je me suis fait de nombreuses amies, et quelques amis aussi, j’ai rencontré mon grand Loup, j’ai pris confiance en moi.
    Et en tant qu’adulte, je me sens également épanouie, j’aime mon boulot, j’aime ma famille, j’ai des amies et amis merveilleux, je m’éclate, je profite… Et quand je regarde en arrière, je me dis juste : Heureusement! Heureusement que je n’ai pas craqué…

    Malheureusement, tellement d’autres ont craqué. Tellement d’autres ne verront jamais que le meilleur est à venir… Tellement d’autres qui ne devraient pas avoir à s’accrocher…

    Et si un jour, c’était un de mes enfants, qui devait s’accrocher?
    Cette idée me terrifie… Je me rassure en me disant que je reconnaîtrais peut-être les signes, mais rien n’est moins sûr…

    Alors oui, le sujet du harcèlement scolaire doit être abordé,nous devons en mesurer toute l’importance! Ce sont des vies, des avenirs qui sont en jeu! C’est notre responsabilité à tous, en tant que parents, enseignants, frères, sœurs, amis, voisins… Il serait peut-être temps de retirer nos œillères, et de s’intéresser vraiment à ceux qui nous entourent!

    N’oublions pas que des paroles qui peuvent nous sembler anodines à nous, peuvent briser quelqu’un d’autre!

     

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